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Une jeune fille (Betty) est assise et écosse des petits pois ou coupe d’autres légumes. Au bout d’un petit instant, une jeune femme (Farah) se retrouve dans son dos.
FARAH Tu l’as vu ?
BETTY (qui a sursauté) Non. (...) Pas encore…
Léger temps. Betty ne cesse pas son travail.
BETTY (comme si ça n’avait pas d’importance) Et toi ?
Temps.
FARAH Non. Bien sûr que non.
BETTY Ah ? Maman...(elle ne termine pas sa phrase, un long moment de silence). Oui, bien sûr.
Léger temps.
FARAH A ton avis, à quoi ressemble-t-il ?
BETTY (comme si la question la brûlait) Je ne sais pas. Comment pourrais-je le savoir ? Si tu ne le sais pas...
FARAH (terminant sa phrase) Comment pourrais-tu le savoir...
Léger temps.
BETTY (radoucie) Oui...
FARAH Personne ne l’a vu...mis à part lui. Maman...elle ne l’a pas vu non plus. Elle a dit qu’elle irait...
BETTY Pour le voir ?
FARAH Pas pour le voir. Non. Ce genre de chose n'intéressent pas maman. Tu le sais.
BETTY Pour quoi, alors ? Si ce n’est pour le voir ?
FARAH Pour...je ne sais pas. Pour savoir, pour réfléchir. Pour prendre une décision, sans doute.
BETTY Une décision...
FARAH Oui, une décision. Qui pour les prendre si ce n’est elle ?
BETTY (sans regarder sa soeur) N’importe qui d’entre nous...
Temps. Apparaît dans le fond, sans que les deux jeunes femmes ne s’en rendent compte, un jeune homme (Sean). Il assiste à la conversation depuis le début. Peut-être est-il à vue depuis le début de la scène.
FARAH Tu sais, moi aussi, je voudrais savoir à quoi il ressemble. Moi aussi. Tu ne dois pas t’en vouloir.
BETTY Il est là haut ?
FARAH Oui. Sean l’a fait monter. Tout en haut...pour le garder près de lui. En attendant.
BETTY En attendant quoi ?
FARAH Je ne sais pas...en attendant…
BETTY En haut du phare. Pour l’avoir à l’oeil.
FARAH Personne ne sait...
BETTY (la coupant, comme si sa soeur n’avait rien dit) ...Et Dieu seul sait quand il sera parmi nous.
FARAH Non. Maman le sait aussi. C’est elle qui décidera. Pas Dieu. Maman. Même Lui ne le sait peut-être pas.
BETTY (d’une voix assez dure) Arrête. Ne blasphème pas.
FARAH J’aime quand tu montes sur tes grands chevaux. Il n’y a que ce que tu appelles le “blasphème” pour te mettre dans cet état. Sinon, tu es parfaite. Tellement parfaite. Jamais tu ne poses un mot plus haut qu’un autre. Jamais un geste dur ou violent. Jamais. Douce, toujours. Doucereuse, parfois. D’une humeur égale, de jour en jour.
BETTY (légèrement ironique) Tu le regrettes ?
FARAH Je ne sais pas. Un peu de vie. Une étincelle...quelque chose devrait sortir de toi, de temps à autre. Mais non. Jamais.
BETTY Sauf lorsque tu blasphèmes.
FARAH Sauf pour ça. Sinon, tu es d’une tristesse désespérante. Deux minutes, assise sur le rocher du pic, et tu donnerais des idées suicidaires au mouettes rieuses...si elles venaient encore par ici.
BETTY Tant que Sean s’amusera à tirer sur tout ce qui bouge ou vole à moins d’un miles du phare, elles ne viendront plus.
FARAH Tant mieux. Leurs cris me rendaient dingue. J’avais toujours cette impression collante d’être la cible de leurs moqueries...
Elle imite les cris des mouettes, de plus en plus fort, en se rapprochant de sa soeur, qui fini par se boucher les oreilles. Temps.
FARAH Tu crois que je suis paranoïaque ?
Léger temps.
FARAH Un peu ?
BETTY (douce) Non...non...
FARAH Même pour me dire une vérité, tu mettrais des gants, non ?Toujours douce...toujours...
BETTY (cherchant à se justifier) Tu sais...
FARAH (sans agressivité) Tu me rends malade. A t’entendre, bonne comme tu l’es, j’en ai le mal de mer. La tête me tourne et mon ventre se tord. Tu me rends malade, sainte Betty...
Farah sort. Sean, toujours là, trouve le moyen de se cacher pour éviter qu’elle ne le remarque. Léger temps. Soudain, le visage de Betty se relève et ses yeux sont maintenant éclairés d’une nouvelle lumière...
BETTY J’ai fais un rêve, une nuit, Farah. Un rêve où nous jouions toutes les deux. A grimper les marches du phare. Arrivées en haut, tu voulais escalader la rambarde, lever les bras dans le vent, fermer les yeux . Tu voulais voler, Farah. Voler comme eux. Ceux qui crient. Moi, j’étais derrière toi et dans mon rêve, Farah, je n’avais plus peur du vide. Tu riais, tu criais “je vole, je vole”. Alors, je me suis approchée de toi et j’ai exaucé te rêve le plus fou. A deux mains, je t’ai poussée, très fort. Tu as crié, comme eux et tu as volé. Pas longtemps c’est vrai, mais je te jure que tu as volé, Farah. Lorsque j’ai regardé enfin vers les rochers, tu étais toute petite en bas. Une petite poupée désarticulée à la bouche à jamais fermée. Les yeux grands ouverts. Ils me souriaient, je crois.
Léger temps.
BETTY (dans un sourire un peu méchant) Douce, moi. Doucereuse. Heureusement que tu ne vis pas dans ma tête, Farah. Ni dans mes rêves.
Le jeune homme la regarde...
SEAN (doucement pour qu’elle ne puisse pas l’entendre) Betty...Betty... |
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Un phare |
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Scène 1 |
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(suspendu, au large de nulle part) |