L'écriture, parcours solitaire.

www.  philippebeheydt .com

Zone de Texte: Gurvan.
Je sais que je suis pas bien malin. Depuis tout petit, les gens y disaient de moi que j'étais crétin. L'idiot du village. 

Maintenant, je suis l'idiot de la barricade. Mais je suis fort comme un ours. La grosse plaque qui est dans la barricade, c'est moi qui l'ai porté. Tout seul. Même que Télem elle en revenait pas. Même qu'elle a rien dit pendant au moins...deux minutes. J'étais fier. Alors, je me suis dit que j'étais enfin utile quelque part. Pas malin mais costaud, qu'elle a dit. Costaud. C'est un beau compliment, costaud. Non ? 

C'est moi qui l’ai trouvé . Assis sur un tonneau en fer, un petit matin. 

Je devais rester éveillé. Il aurait pu nous tuer. Tous. Mais il a pas fait ça. Il a dit à  Télem que j'étais éveillé quand il était arrivé du bosquet aux tombes. Que je l'avais fouillé et qu'après discussion, comme il a dit, je l'avais autorisé à passer le reste de la nuit derrière la barricade. 

Il a jamais rien dit à personne là-dessus...jamais...je l'aime bien ...

Elle aussi, je l'aime bien, Télem. Quand je pense à elle, parfois, je le cœur qui bat vite. Il cogne dans ma poitrine comme s'il voulait sortir pour lui crier plus fort...

Je suis l’idiot de la barricade. Mais un jour, je serais plus idiot et elle me regardera autrement. 

Un jour j’aurais le courage. Avec l’aide du pendentif de maman.

Sentinelle de Philippe Beheydt

Texte publié aux Éditions Lansman

Scène 15