L'écriture, parcours solitaire.

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Olan et Hilal sont assis, l'un à côté de l'autre. Olan a le regard perdu dans le vide, tandis qu'Hilal mâche un morceau de bois.

 

Hilal.

Tu crois qu'ils viendront un jour ?

Olan.

    Je ne sais pas.

Hilal.

Ils grimperont cette barricade, ils nous ouvriront le ventre dans notre sommeil. Ils nous tueront comme ils en ont tué d'autres.

Olan.

Qu'en sais-tu ?

Hilal.

Ben...

Olan.

A qui la faute ? A l'origine ?

 

Léger temps.

 

Olan.

Qui sont-ils ? Existent-ils ?

Hilal.

Tu te poses trop de question...

Olan.

Tu ne t'en poses pas assez.

 

Léger temps.

 

Hilal.

Pourquoi tu as fais ça ? Tout à l'heure ?

 

Léger temps.

 

Olan.

Ça ne regarde que moi.

Hilal.

Tu n’avais pas le droit de faire ça.

Olan.

Tu peux répondre à trois questions ? Après, quand tu auras bien répondu, on pourra parler de tout ça.

Hilal.

Je peux essayer.

Olan.

Depuis combien de temps se bat-on dans cette ville ? Pourquoi se bat-on ? Et contre qui ?

 

Temps. Hilal réfléchit. Ces questions sont dérangeantes

 

Hilal.

...je ne sais pas...les anciens ont dit...ça fait bien longtemps qu'on se bat...peut-être que depuis, plus personne ne sait pourquoi...mais ça ne change rien...

 

Léger temps.

 

Hilal.

Il ne faut pas se poser toutes ces questions. Cette barricade, elle était là avant nous. Elle barre la route de l'horreur, des atrocités et de la guerre. Et nous, on est là pour la tenir, coûte que coûte...on ne se pose pas toutes ces questions...sinon...

Olan.

Sinon, on se rendrait compte que notre vie n'a plus de sens ?

 

Léger temps. La question commence à trotter dans la tête d'Hilal. Olan s'en rend compte.

 

Olan.

Laisse tomber Hilal. Je délire. J'ai une baisse de régime, c'est tout. Le voile noir. Le moral qui tombe en vrille. Je déconne...

Hilal. ( elle commence à paniquer )

Et si tu avais raison ?

Olan.

Tu sais très bien que je raconte n'importe quoi. Laisse tomber, je te dis. C'est des questions à la con.

Hilal. ( pas trop sûr, pas trop rassuré )

Oui...

 

Léger temps.

 

Hilal.

Nous sommes peut-être seuls. Abandonnés de tous.

Olan.

Ils sont là, en face.

Hilal.

Mais pourquoi ne viennent-ils pas? Pourquoi ne la prennent-ils pas cette barricade?

 

Gurvan est arrivé.

 

Gurvan.

Ils ne savent pas combien nous sommes. Ils ne savent pas qu'il ne nous reste presque plus de munitions. Et tant qu'ils ne le sauront pas, ils auront aussi peur que nous...

Hilal.

Qui t'a dit ça ?

Gurvan.

Télem. C'est Télem qui m'a dit ça.

Olan.

Elle a raison. Tant qu'ils n'en sauront rien, ils auront aussi peur que nous.

Sentinelle de Philippe Beheydt

Texte publié aux Éditions Lansman

Scène 7