l'écriture par la main

www.  philippebeheydt .com

Rue du Théâtre

Vingt ans après, quatre adultes se souviennent

Publié le 26 novembre 2009

Une simple boîte comme élément déclencheur de futurs étriqués

Cette boîte en coquillages n'est pas le charmant souvenir un peu kitch d'un cadeau fait par un gosse mais le symbole même du mal fait à un, à des enfants. Devenus adultes, deux frères, deux soeurs, déjà orphelins de mère, sont confrontés à une dure décision : laisser agir ou non la nature qui est en train de faire périr à petit feu leur père. Un père fort peu paternel, un père craint et peu aimé, un tyran domestique... pas un gentil papa. Le mal qui leur a été fait jadis, il leur est proposé aujourd'hui de le rendre, ou pas. La vengeance à portée de main, véritablement, avec la mise en question plus large de l'euthanasie.

« Elle est là, la boîte, sur la grande table"... Et peu à peu des non-dits anciens vont sortir, des souffrances vont resurgir, des malentendus vont se dissiper au rythme tendu des échanges fraternels comme celui lent et lourd d'interludes muets faits de ralentis pareils à cette grande maison que l'on imagine étouffante. Celle-ci est à l'image du père et de la mère soumise. Elle continue à agir sur la fille qui y est restée alors que les autres l'avaient quittée.

Tableaux (très) vivants

Quatre acteurs : Catherine Brutout et Philippe Beheydt, poignants dans leur douloureux vécu, Perrine Delers et Laurent Bonnet, davantage préservés par la vie mais non moins atteints en profondeur, font oublier qu'ils sont des personnages fictifs tant ils sont criants de vérité.

On pourrait penser que le bon éclairage est celui qui ne se détaille pas mais ceux d'Alain Collet sont tout simplement magiques, du délicat halo autour d'un visage aux ampoules ordinaires se balançant ironiquement. Et si l'on ajoute à cela un décor sonore des plus oppressants dû à Arnaud Laurens, on réalisera l'importance pour un spectacle d'une technique non sophistiquée mais intelligente et participative qui contribuera à sa mise en valeur.

Avec deux créations à son actif en Belgique ("A un jet de pierre de Pristina", "Dans le secret de ma paume") également montées par le Méridien, le jeune auteur-acteur Philippe Beheydt démontre encore avec celle-ci qu'il sait construire une pièce, ménager un suspense et créer une ambiance avec des choses simples, des phrases directes et qui sonnent vrai.

Suzane VANINA, Bruxelles

La boîte en coquillages

Petites vies heureuses… écrasées dans l’œuf

 

Quatre frères et sœurs se retrouvent des années après dans la maison de leur enfance.
Leur père est mourant et souffre.
La question de l’euthanasie est posée.
Derrière cette interrogation morale, une douleur bien plus profonde est tapie aux tréfonds de leur âme.
Par bribes, un peu comme on épluche un oignon, couche par couche, la vérité va sortir et drôlement piquer aux yeux.
Quatre petits cœurs d’enfants ont été blessés à jamais par les conséquences de l’ouverture de la boîte en coquillages.
Évocation poignante du passé, confrontation des souffrances, mise à nu des cicatrices, cette nuit sera celle
de toutes les catharsis.

La scénographie très sobre (Philippe Beheydt et Alain Collet) laisse la part belle au jeu des comédiens, aux lumières (Alain Collet) et à l’univers sonore d’Arnaud Laurens.
La mise en scène de Philippe Beheydt se veut lente, volontairement oppressante, comme pour mieux faire percevoir toute l’intensité de chaque seconde.
Pour rendre l’impression du temps qui passe, lors de chaque intermède, il opte pour des déplacements au ralenti, la décomposition des mouvements et d’y associer une bande-son faire de grincements ou de lancinants battements de cœur.
Esthétiquement superbe, ce choix laisse pourtant, parfois, dubitatifs.
Si on est
pris par l’ambiance étouffante qui s’amplifie; si on ressent une certaine impatience à savoir enfin la vérité, à connaître le dénouement de ce drame familial, on ne peut par instants s’empêcher de trouver ces interruptions un peu longuettes.

Cette remarque vite écartée d’une pichenette, on retiendra simplement la beauté de ce nouveau texte de Philippe Beheydt (
A un jet de pierre de Pristina, Dans le secret de ma paume).
Dans un  langage actuel, sans fard ni fioriture, il évoque avec force et puissance les douleurs de l’enfance, les cruautés des adultes et le poids des souvenirs douloureux qui deviennent un véritable boulet rivé au pied d’un gosse en plein développement, qui restera à jamais miné par un tel vécu.
Décidément omniprésent entre écriture, scénographie et mise en scène, Philippe Beheydt joue également.  Il s’est entouré de Perrine Delers, Laurent Bonnet et Catherine Brutout.
Ensemble, le quatuor magnifie le texte grâce à un jeu puissant, toujours sur le fil de l’émotion.

Un spectacle, superbement interprété,  à
ne pas manquer tant il étreint l’âme et séduit les yeux.

 

                                                      

                                                       Spectacle vu le 16-11-2009 au Théâtre du Méridien

Plaisir d’offrir