L’écriture, parcours solitaire.

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Zone de Texte: Une jeune femme est près d'une fenêtre.

MILOSH
Chérie, mon âme, ne reste pas si près de la fenêtre.

LENKA
Un peu de lumière. Juste quelques brins de soleil volés à l'hiver.

MILOSH
(doucement, sans la brusquer)
Mon âme…

LENKA
(tristement, sans le regarder)
Même à ça, nous n'avons plus droit. 

MILOSH
Tu sais mon ange qu'ils peuvent t'apercevoir. Tu le sais.  Ils te verront et ils le
prendront comme une provocation. 

LENKA
Terrés, dans le noir, comme des insectes craintifs…

MILOSH
Il vaut mieux qu'ils ne voient personne. Avec le temps, ils finiront peut-être par 
oublier que nous sommes là.

LENKA
Ne soit pas idiot. Combien d'été passés dans ce jardin où je n'ai plus le droit de 
me promener ? Nos voisins en ont connus autant. Ils savent où nous sommes. Ils 
savent que les vieux ne quitteront pas la maison. Comme eux ne quitteront
jamais la leur. Ils savent, Milosh.

Léger temps.

LENKA
L'air et la lumière…

MILOSH
Nous en avons déjà parlés. Tellement de fois.

LENKA
Je sais.

MILOSH
Tu te fais du mal à regarder…

LENKA 
(le coupant)
Je sais.

Léger temps.

MILOSH
Tu te sens seule. Je le sens. Bien des fois je te vois les yeux dans le vide. Il y a 
des jours où  je suis debout devant toi et ton regard me traverse comme si je 
n'existais pas. Il y a des jours où même mon reflet dans tes yeux est flou.

LENKA
Mais nous n'existons pas. Le monde entier a oublié jusqu'à nos naissances.

MILOSH
Les choses vont finir par s’arranger. Et la joie reviendra dans cette maison. 

LENKA
(pour elle)
La joie. Oui, un peu de joie dans cette maison, un peu de vie. 

MILOSH
Lenka...je t’en prie…

LENKA
De quoi chasser à jamais la peur qui gonfle mon ventre, de quoi la pousser à 
petits pas, petits pieds, jusqu’au bord et la faire tomber dans l’oubli…

Milosh tente de prendre Lenka dans ses bras, mais elle se laisse faire comme un 
bloc de pierre.

MILOSH
Lenka, Lenka...pourquoi ? Je te jure que j’essaye de te comprendre, de te 
soutenir...pourquoi tu ne m’aides pas ? 

Milosh se rend compte que ses bras ne sont pas en train de tenir une femme, 
mais un bloc de déni. Il les laisse glisser le long de son corps.

MILOSH
Ouvre les yeux, Lenka. Ouvre les grands et regarde autour de toi. Ne regarde 
plus derrière, regarde devant et vois. Je suis là, moi. Et tous sont là. Tu ne peux 
pas rester seule face au monde, les yeux tournés vers toi...rends-moi heureux, et
 laisse-moi te rendre la pareille... 

LENKA
A quoi ça servirait ? 

Milosh reste là un instant, puis va vers la porte. Sans se retourner, Lenka lui 
parle. 

LENKA
Où vas-tu ?

MILOSH
Je n’en ai pas pour longtemps, mon ange. Je reviendrai très bientôt et si Dieu est
 avec nous, ce sera avec de très bonnes nouvelles et nous pourrons tous fêter 
ça.

LENKA
Il n’y a qu’une seule bonne nouvelle que je fêterai avant toute autre…

Milosh va tenter de reprendre les choses en main, en brusquant Lenka, en la 
forçant à réagir mais durant tout ce passage, elle restera imperturbable, les yeux 
toujours vers la fenêtre. 

MILOSH
Arrête, Lenka. Ton ventre est peut-être gonflé par la peur, Lenka, mais ta tête est
 vide. Et si on y trouve, à force de chercher, quelque chose, ce seront des 
courants d’air, de vilains souvenirs et de la poussière. 

Il tente de se calmer un peu

MILOSH
Enlève-toi cette idée de la tête, mon ange. Tu ne peux pas voir d’enfant. Tu ne 
peux plus avoir d’enfant...tu le sais, comme moi. Ils te l’ont dit.

Il est au bord des larmes et regarde sa femme. Celle-ci n’a pas bougé d’un 
pouce. Puis, au bout d’un instant…

LENKA
Ils peuvent se tromper. Chaque homme a le droit de se tromper.

Milosh est comme effondré, elle ne comprend pas, ne comprend rien…

MILOSH
(doucement, limite suppliant)
Cesse, s’il te plaît. Cesse...je n’en peux plus...il faut que ça cesse...je ne tiendrai 
pas comme cela toute une vie…

LENKA
(sans haine, sans reproche, froidement)
Sors s’il te plaît. Laisse-moi toute seule…

Milosh la regarde et attend autre chose, un geste, un mot, un regard…

LENKA
(idem)
Sors…

Après un petit instant, puis se rendant compte que de toute façon elle ne veut 
plus parler, il sort, la tête basse. Alors, la porte une fois fermée, Lenka se met à 
chanter une chanson, tout doucement. Une chanson de chez elle, qui parle 
d’enfant, de joie et bonheur à venir.

A un jet de pierre de Pristina

Scène 1

Zone de Texte: A un jet de pierre de Pristina 
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