L’écriture, parcours solitaire.

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Marc est seul dans la pièce, il est assis sur un des meubles. Marie entre, doucement. Ils se regardent.

 

Temps.

 

Marc – Il m’en veut. Hein ?

Marie – Je ne crois pas.

 

Léger temps.

 

Marc – Il doit m’en vouloir. Ce n’est pas possible autrement.

 

Léger temps.

 

Elle est petite. Tu es retournée la voir ?

Marie – La pièce ?

Marc – Oui.

Marie – Je n’y suis jamais rentré. Que la porte. Je n’ai toujours vu que la porte.

 

Léger temps.

 

Marc – La nuit, il y fait très froid. Un froid glacial, un froid qui te rentre dans les os. Juste un peu de lumière par la lucarne. Pas grand chose. Juste de quoi ne pas oublier le trou dans lequel tu vis. La journée, le soleil frappe sur les tuiles. Un vrai four. Et seulement deux petites heures par jour où c’est pas intenable.

Marie – Il t’en a parlé ?

Marc – Non. Il n’en a jamais parlé. Mais j’y ai passé des nuits et des journées, moi aussi. Quand ils l’ont laissé enfin sortir.

Marie – Pourquoi ?

Marc – Je ne sais pas…œil pour œil…

 

Léger temps.

 

Il y est resté tellement de temps. Tellement de journées, tellement de nuits. Et moi, je ne pouvais que regarder cette porte. Et je te jure que je rêvais de passer mon pied à travers, de l’ouvrir et de le sortir de là. Mais…

 

Léger temps.

 

      …j’avais peur.

Marie – Qui n’a pas eu peur ? Hein, Marc ? Qui n’a pas eu peur ?

 

Il commence à pleurer.

 

Marc – J’étais son grand frère. Tu sais ce que c’est qu’un grand frère ? Un grand frère ça protège. Un grand frère ça doit être là en cas de coup dur. Un grand frère sert à se cacher derrière. Un grand frère…

 

Léger temps.

 

      …c’est tellement de choses que je n’ai jamais été.

 

Léger temps.

 

J’aurais pu faire quelque chose, j’aurais du faire quelque chose.

Marie – Tu as fait tout ce que tu as pu, Marc.

 

Léger temps.

 

Marc – Je n’y suis pas arrivé… je n’y suis pas arrivé…

 

Lentement, Marie s’approche de Marc et, par derrière, le prend dans ses bras.

 

J’aurais tellement voulu y arriver, Marie. J’aurais tellement voulu…

Marie – Je sais, Marc. Tout le monde le sait…

 

Léger temps. Il pleure dans ses bras. En silence.

 

      Mais toi aussi, t’étais un petit bonhomme. Rien qu’un tout petit bonhomme.

 

 Noir lent sur le frère et la sœur enlacés.

 

 

La Boîte en Coquillages 

 

Texte publié aux Éditions du Laquet

Scène 7

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