|
www. philippebeheydt .com |

|
bibliographie / écriture / mise en scène / projets / stages / liens / contacts |
|
Musiq 3 / radio RTBF |
|
Présentatrice : Et c’est encore une histoire de famille que nous conte « La boîte en coquillages » de Philippe Beheydt au Théâtre du Méridien :
Dominique Muche : Oui, ici, il y a quatre adultes, frères et sœurs, qui se retrouvent au chevet du père, gravement malade. Une question se pose : euthanasie ou pas ? Alors, au-delà du désaccord qui les divise sur ce sujet, ce sont toutes les rivalités anciennes, les rancoeurs qui affleurent atour de la figure de ce père rigoriste omnipotent, destructeur aussi, dont le fils cadet garde encore, à jamais, les blessures pour une faute bénigne commise à l’âge de cinq ans, il a vraiment été rejeté totalement par ce père. Alors, Philippe Beheydt est un comédien, un auteur belge qui a fait ses classes de théâtre à Paris et qui nous revient au Méridien pour la troisième fois. C’est la confirmation très certainement d’un univers, d’une écriture tout à fait personnelle. La famille ici - comme souvent chez lui - est le point départ, la métaphore centrale, source de conflits mais aussi de réconciliations possibles. L’écriture est pudique, tout en demi-teinte et de plus on découvre cette fois Philippe Beheydt à la fois comme acteur, très sensible, metteur en scène aussi, tout à fait original et co-scénographe. Alors on nous présente la pièce sous forme de courtes séquences, presque un montage cinématographique j’ai envie de dire, avec des sortes de plans fixes, une scénographie ingénieuse et belle et pourtant toute simple avec au centre la table familiale, élément emblématique bien évidemment. La modestie des moyens stimule parfois l’imagination, on ose presque plus dire ce genre de choses aujourd’hui. |
|
Dimanche Express 29 novembre 2009 |
|
Une enfance à jamais saccagée. Huis clos à la fois oppressant et émouvant, “La Boîte en coquillages” de Philippe Beheydt nous plonge au coeur d’un drame familial, où l’humain se révèle dans ce qu’il a de plus vil mais aussi de plus admirable.
Il est là, à l’étage supérieur, les yeux grands ouverts, agonisant et incapable de parler. En bas, dans le salon, ses quatre enfants sont réunis. La première fois depuis le décès de leur mère, il y a trois ans. Ensemble, ils doivent prendre la décision de prolonger ou non la vie de leur père qui, bien que mourant, parvient encore à les diviser et à les détruire. Des “coeurs pourris par le passé”, des “petites vies heureuses tuées dans l’oeuf ”, voilà ce qu’ils sont tous devenus, sans exception. Au fur et à mesure qu’ils mettent à plat leurs déchirures personnelles et dévoilent les secrets de famille, apparaît en effet de plus en plus clairement ce que chacun d’entre eux a vécu et souffert lorsqu’ils habitaient encore, tous les quatre sous le même toit. Il y a tout d’abord Claire, la soeur aînée, attentive à tous et généreuse par devoir, qui, au décès de leur mère, a accepté de revenir dans la maison natale pour s’occuper du paternel. Un sacrifice qui arrangeait bien tout le monde à l’époque, mais qui a fait naître en elle pas mal d’amertume et de regrets. Il y a Marie, la petite dernière, qui bien qu’épargnée par la cruauté des parents, reste meurtrie par son statut de “préférée“. Ensuite, il y a Marc, né d’un premier lit, personnage complexe, pris dans des sentiments contradictoires et qui culpabilise de ne pas avoir défendu son petit frère. “J’étais son grand frère“, confie-t-il à Marie. “Tu sais ce que c’est qu’un grand frère? Un grand frère, ça protège. Un grand frère, ça doit être là en cas de coup dur. Un grand frère sert à se cacher derrière. Un grand frère… c’est tellement de choses que je n’ai jamais été. J’aurais pu faire quelque chose, j’aurais dû faire quelque chose“, lui avoue-t-il. Enfin, il y a Karl, la victime expiatoire, le bouc-émissaire, celui sur qui s’est abattue la rage parentale. Coupable de tout, même de ce qu’il n’avait pas fait, il était le mouton noir de la famille et servait de paratonnerre au reste de la fratrie.
Un texte profondément humain Durant une heure trente, ces quatre personnages s’affrontent, s’entre-déchirent, se révoltent et s’interpellent violemment. Les mêmes questions reviennent sans arrêt: doivent-ils pardonner la terrible tyrannie que leur père a exercée sur le pauvre Karl? Sa faute justifiait- elle la terrible punition qui lui a été infligée? N’étaient-ils pas tous responsables? Doivent-ils maintenant abréger les souffrances de leur père ou, au contraire, le laisser agoniser jusqu’au bout?... Peu à peu, la parole se libère, franchit les murs de silence qui se sont construits entre eux au fil du temps, les enfermant chacun dans leur douleur. La vérité peut alors émerger, libérant du coup tout l’amour qui, jusque-là, avait été cadenassé. Cruelle et dure, la pièce de Philippe Beheydt traduit si bien l’indescriptible, l’incommunicable, qu’on se demande, à certains moments, si l’auteur n’a pas lui-même vécu ou approché ce type de climat familial. Difficile, en tout cas, de ne pas être saisi aux tripes lorsqu’on voit la façon dont il incarne le personnage de Karl. Il est en effet tellement convaincant dans ce rôle taillé sur mesure, tellement authentique, qu’on a peine à imaginer qu’il puisse être joué par quelqu’un d’autre. La mise en scène – qu’il signe également – et l’habillage sonore d’Arnaud Laurens ne méritent pas moins le déplacement. Sobres et efficaces, ils soulignent avec finesse les moments forts de la pièce, accentuent le sentiment d’oppression que ce père agonisant fait peser sur toute sa famille, et mettent particulièrement bien en valeur le jeu des quatre acteurs, dont les silences, les déplacements sur la scène et les regards sont souvent plus éloquents que les mots. Une performance, donc, à ne pas manquer, même si les thèmes abordés sont difficiles et peuvent en effrayer certains. |
|
Pascal André |